La démocratie burkinabè minée par l’horreur djihadiste

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Un rapport prémonitoire d’International Crisis Group pointait la dégradation du contexte sécuritaire au Burkina, au cœur d’une région minée par les groupes djihadistes.

Dans son dernier rapport sur le Burkina Faso intitulé « Burkina Faso : transition acte II », le think tank International Crisis Group (ICG) consacre un développement passionnant mais inquiétant sur l’insécurité et les menaces extérieures. « L’insécurité, surtout aux frontières ouest et nord du Burkina qui jouxtent un Mali en guerre, s’est aggravée depuis quelques mois », note le rapport qui rappelle notamment trois incidents marquants.

« Depuis la chute de Compaoré, trois attaques ont eu lieu dans les zones frontalières : deux à l’extrême Nord (un garde de sécurité roumain enlevé dans la mine de Tambao en avril 2015, et un poste de gendarmerie attaqué à Oursi en août), et une à l’Ouest, où un poste de gendarmerie a été attaqué à Samorogouan le 9 octobre. Sous Compaoré le Burkina semblait être épargné de ce type d’attaques. Toutefois, si la menace jihadiste est réelle, certaines actions peuvent être liées à des règlements de comptes ou des querelles locales. »

La dissolution du RSP, unité d’élite très bien équipée créée par l’ex président Blaise Compaoré, et la mise à l’écart de plusieurs personnalités de l’ancien régime liés à des groupes armés de la région privent le pays de plusieurs leviers de défense pour affronter ce types de menaces. La recrudescence des incidents ont par ailleurs jeté le doute sur l’implication des caciques issus de l’ère Compaoré dans ces actes de violences.

« Le gouvernement de transition affirme que cette attaque (celle du 9 octobre 2015) s’inscrit dans « la continuité du plan de déstabilisation des institutions de la Transition, fomenté par les putschistes ». Qu’il existe ou non une volonté de l’ancien régime de déstabiliser le pays, des groupes armés, rebelles, jihadistes ou tout simplement des bandits, peuvent profiter de la fragilité politique du pays pour s’engouffrer dans la brèche » relève le rapport d’ICG.

Réformer l’armée

A l’intérieur des frontières, le maintien à long terme de la stabilité du pays reste par ailleurs indexé à une réforme nécessaire de l’armée régulière traditionnellement très politisée au Burkina Faso. L’intégration dans l’armée des ex officiers du RSP qui, en tant que corporation, ont mené la tentative de putsch de septembre 2015 contre la transition est également un enjeu considérable pour préserver la sécurité dans le pays.

« La réforme globale de l’armée devra être engagée rapidement et constituer une priorité pour le président. (…) La bonne intégration des ex-RSP et le renforcement de la surveillance aux frontières devront constituer des aspects importants de cette réforme. Les forces de sécurité devraient également s’atteler à rechercher les éventuelles caches d’armes liées à l’ex-RSP afin de mettre la main sur tout le matériel dangereux. La nécessité de restaurer la confiance entre la troupe et la hiérarchie et d’œuvrer à une dépolitisation de l’armée devra également être prise en compte.

Le verrou ivoirien

Enfin, même si les autorités de la transition sont parvenues à maintenir, pour l’instant, de bonnes relations avec la Côte d’Ivoire voisine, les soupçons de connexion ivoirienne au putsch de septembre 2015 et le mandat d’arrêt émis tout récemment par la justice burkinabè contre Blaise Compaoré réfugié à Abidjan pourraient être une source d’instabilité pour le pays. La publication de l’enregistrement d’une conversation téléphonique présumée entre l’ancien ministre des Affaires étrangères burkinabè Djibril Bassolé et le président de l’Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro, mentionnant leur soutien au putsch de septembre 2015 envenime un peu plus les rapports entre les deux pays qui partagent une longue histoire commune.

« Dans le passé la déstabilisation de la Côte d’Ivoire est venue du Burkina et l’inverse pourrait être vrai aujourd’hui. La menace pour le Burkina ne vient pas seulement du Nord et des groupes jihadistes ou criminels présents dans la zone, mais également du Sud-Ouest à partir du voisin ivoirien. (…) C’est dans le Nord de la Côte d’Ivoire que résideraient actuellement deux membres du RSP en fuite, impliqués selon la commission d’enquête dans le coup du 16 septembre, et également impliqués selon le gouvernement de transition dans la tentative d’évasion avortée de fin décembre (1). La présence de ces deux militaires d’élites, surnommés « Rambo » et « le Touareg », inquiète les autorités burkinabè. Elle rappelle curieusement ce qui s’est passé au début des années 2000 quand le Burkina a hébergé des déserteurs de l’armée ivoirienne, eux aussi soldats d’élites, comme « IB » et « Zaga-Zaga », qui ont été à l’origine de la rébellion armée de septembre 2002. »

 

(1) Plusieurs membres de l’ex RSP sont impliqués dans la préparation d’attaques déjouées fin décembre dans la capitale qui devaient permettre l’évasion de certains détenus de la prison militaire de Ouagadougou, dont Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé.

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