2021, la pire année pour le Sahel 

(FILES) In this file photo taken on March 27, 2019, a French armoured vehicle drives by the Mount Hombori during the start of the French Barkhane Force operation in Mali's Gourma region. Three French soldiers were killed on December 28, 2020 in Mali when their armoured vehicle struck an explosive device in the Hombori region in the centre of the poor Sahel state, the French presidency said. The deaths brought to 47 the number of French soldiers killed in Mali since France first intervened militarily in January 2013 to help drive back Islamist jihadists who had overrun parts of the west African country. / AFP / Daphné BENOIT

Entre massacres des populations civiles à grandes échelles, second coup d’Etat militaire au Mali et extension des activités djihadistes à de nouveaux territoires, l’année qui s’achève ce vendredi aura été la plus mauvaise pour la lutte antiterroriste au Sahel. 

L’année 2021 avait mal commencé avec le massacre de plus de cent personnes dans deux villages du nord-ouest du nigérien, dans la zone dite des trois frontières limitrophes au Burkina Faso, au Mali et au Niger. L’année 2021 s’achève ce vendredi avec de très mauvaises nouvelles pour la lutte antiterroriste dans les pays du G5 Sahel : Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad. 

Les civils les plus exposés 

Pour la première fois depuis le début, il y a plus de dix ans, de la guerre contre le terrorisme, les pays sahéliens enregistrent nettement plus de civils que des membres des forces de défense et de sécurité tués par les groupes djihadistes. Entre janvier et novembre 2021, pas moins de 600 civils nigériens ont été massacrés dans des attaques terroristes, principalement menées par l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS). Les chiffres des tueries de cette année donnent froid au dos : 200 personnes massacrées en mars en une seule opération terroriste dans la région Tahoua, dans le nord-ouest du Niger ; 160 civils tués en même temps en juin dans le village de Solhan, nord-est du Burkina Faso.

En 2021, le nombre des victimes du terrorisme depuis 2015 a franchi pour le seul Burkina Faso le seuil de 2000 personnes, dont au moins 600 membres des forces de défense et de sécurité. Autant que le nombre très élevé de victimes de ces attaques, c’est leur fréquence inédite qui inquiète les observateurs. Dans la zone des trois frontières, les raids des groupes terroristes sur les villages du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont quasi-quotidiens et les Etats semblent totalement démunis pour y faire face.  

Sombres perspectives  

Désespérées des Etats de la région et de la force française Barkhane, les populations ont commencé à signer des accords locaux avec des groupes djihadistes. Faute d’une amélioration, qui parait pour l’instant improbable, de la sécurité au Sahel, ces deals entre populations et groupes terroristes devraient se poursuivre en 2022 au Mali où ils ont commencé et s’étendre rapidement aux autres pays du Sahel. 2021 aura également apporté l’extension territoriale de la menace terroriste. Selon le Premier ministre malien de transition, Choguel Maïga, les activités djihadistes, qui ne concernaient que le nord du Mali en 2013, touchent désormais 80% du pays. Les groupes terroristes ont confirmé pendant l’année qui s’achève ce vendredi qu’ils n’ont pas renoncé à leur agenda de déplacer l’épicentre de leurs activités du Sahel vers le golfe de Guinée (Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Togo).  

Au moins deux militaires béninois ont été tués en le 2 décembre lors d’une attaque terroriste sur la frontière commune entre le Burkina Faso et le Bénin. Le Togo a affirmé en novembre avoir repoussé une attaque terroriste sur sa frontière avec le Burkina Faso.  

De la mort de Deby au coup d’Etat au Mali 

Outre l’extension de la menace terroriste, 2021 a apporté deux autres mauvaises nouvelles au Sahel. Il y a d’abord eu la mort brutale le 20 avril du président tchadien Idriss Deby Itno des suites des blessures aux combats contre les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT). Passée l’émotion, la disparition du président tchadien a suscité de nombreuses interrogations voire des inquiétudes sur l’avenir de la lutte antiterroriste au Sahel. Combat dans lequel il s’était pleinement impliqué en envoyant son armée combattre les djihadistes dans les pays du Bassin du Lac Tchad (Cameroun, Niger, Nigeria) et au Mali. Les incertitudes sur la lutte contre le terrorisme suscitées par le décès brutal de Deby ont d’ailleurs été amplifiées par la décision de mettre fin à l’opération Barkhane annoncée en juin dernier par le président Emmanuel Macron.

L’année qui s’achève aura aussi marquée par le coup d’Etat dans le coup d’Etat perpétré en mai dernier par le colonel Assimi Goïta. Loin d’être une simple question intérieure malienne, la confiscation de tous les pouvoirs de la transition par les militaires maliens, après l’éviction du Président Bah Ndaw et du Premier ministre Moctare Ouane,  a de très fortes implications dans la lutte contre le terrorisme tant au Mali que dans le reste du Sahel. Alors que 2021 a été très mauvaise pour le Sahel, rien n’indique aujourd’hui que 2022 sera meilleure.  

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)