Présidentielles françaises, le grand silence des « beurgeois »

Pourquoi entend-on aussi peu dans le débat présidentiel sur les quartiers, les politiques d'intégration et les questions identitaires, les Rachida Dati, Najat Valaud Belkacem et autres "beurgeois" de la République?

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Les migrants sont des aventuriers qui traversent les mers, des transfuges qui aspirent à changer de monde. Les héritiers de l’immigration maghrébine en France, apparus sur la scène publique dans la décennie 1980-1990, ont voulu devenir des champions de la modernité et de l’émancipation. Il s’agissait pour cette génération d’échapper aux tyrannies de l’identité assignée et d’une relégation programmée. Leur transhumance les a vu fuir les quartiers délaissés de la République et imposer leur présence à des élites politiques et médiatiques qui les avait rejetés, eus et leurs parents, à la périphérie.

Voici trente quatre ans, la marche du 3 décembre 1983 dite « des beurs » fut l’illusion que la République allait les intégrer collectivement dans un immense élan fraternel. Dans la foulée, on assista à la naissance d’une « beurgeoisie » qui a pu croire à une intégration possible, à la loyale, au sein des élites politiques françaises. Or à quelques semaines des élections présidentielles d’avril 2017, force est de constater le grand silence des « beurgeois » dans le débat politique français actuel, aussi bien sur les banlieues, la double peine, les droits des immigrés ou les conditions de vie de la jeunesse issue des quartiers.

Lendemains de fête

Au pays de « Bel Ami » de Maupassant et des « Illusions perdues » de Balzac, ces élites beur – Rachida Dati, Najat Vallaud Belkacem, Azouz Begag, Kader Arif, Rama Yade et combien d’autre-ont été mues par un formidable surcroit de vie, d’énergie, et d’ambition qui attire forcément la sympathie. Ces parcours politiques ponctués de flamboyances et d’excès ont révélé des personnalités obstinées, courageuses qui ont osé s’affranchir des fatalités sociales. Hélas, le bilan de ces trente années de combats politiques, le voici : les « beurgeois » n’ont pas réussi à changer en profondeur la situation des banlieues auxquelles ils ont tourné le dos, obésdés qu’ils l’étaient par leur survie individuelle. Les Chirac, Sarkozy, Hollande ont utilisé ces beurs de service pour mettre un peu de couleur dans une vie politique atone, sans faire œuvre de pédagogie et leur faire la place qu’ils méritaient.ces figures de la diversité ont du affronter une classe politique française, incapable d’ouverture et de vision.

Au fond, la classe politique française a promu quelques stars de la diversité, sans ouvrir grand les portes des mouvements politiques. A l’heure où de grandes capitales européennes comme Londres ou Rotterdam, élisent des maires musulmans, la plupart des beurgeois en France doivent se contenter des miettes du festin électoral. Ils sont effectivement, et surtout depuis les élections municipales de 2014, des centaines dans les assemblées municipales, mais sans relais ni canaux d’influence. Dans une espèce d’apartheid de la représentation politique, les élus de la diversité ont été cantonnés dans les assemblées à des fonctions secondaires )la prévention, les crèches et la sécurité- qui en faisaient des conseillers de deuxième zone.

Un communautarisme honteux

Au total, les beurgeois profitent individuellement d’un communautarisme qui ne dit pas son nom. Notre modèle d’intégration pactise en secret avec le modèle multiculturel anglo-saxon dans une « ethnicisation républicaine » de la vie politique, pour reprendre l’expression du chercheur Vincent Geisser. Le clientélisme permet aux élus de renouveler leur base électorale en particulier dans les villes et banlieues populaires. « Ce communautarisme par le haut » met en avant les bachagas pour assurer une hypothétique paix sociale, alors que l’intégration est en panne et que les banlieues travaillées par la tentation du terrorisme.

Ce déficit de représentativité dans ces territoires délaissés de la République explique l’apparition de nouveaux canaux de représentation des banlieues où l’islam joue un rôle central pour le meilleur ou pour le pire. A l’approche des Présidentielles d’avril 2017, seul existe dans les quartiers un hypothétique vote musulman sensible à la façon dont les candidats abordent les questions touchant à l’exercice du culte dans la cité (construction de mosquées, port du voile à l’université, viande hallal dans les cantines, islamophobie…etc)

Triste France où le seul recours des héritiers de l’immigration pour se faire entendre est de s’arc bouter sur des revendications identitaires, qui en font trop souvent, aux yeux d’une opinion tétanisée par le terrorisme, les boucs émissaires de l’immense échec des politiques françaises d’intégration.

 

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