Nobel Tunisien : joie à Oslo et Sang au Mont Chaambi

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Je ne voulais pas du tout en parler. Mais pas du tout !

Sauf que l’on me le demande avec insistance.
Je vais donc en dire, quand même, quelques mots, en faisant toutefois tous les efforts du monde pour ne pas me départir de l’objectivité et pour oublier que j’étais moi-même, paraît-il, à deux doigts d’avoir à recevoir cette distinction.
Je parlerai , cependant, du « Nobel » tunisien et pas du tout du Prix Nobel lui-même.
Ce « Nobel tunisien » me paraît quelque peu bizarre et déconcertant.
Premièrement: ce « Nobel » n’a,paraît-il,pas été discerné pour récompenser une réalisation exceptionnelle ou pour couronner un travail qui ouvre des horizons nouveaux devant l’humanité ou qui donne la possibilité pour l’humanité de dépasser un problème complexe qui entravait son progrès ou qui menaçait sa paix.
Il l’a été , semble-t-il, pour encourager les forces politiques et sociales à persévérer  dans la recherche du consensus  et du dialogue,. C’est ce qui transparaît, en tout cas, d’une certaine déclaration des « ordonnateurs » du prix.
Secundo : les récipendiaires du prix , le quartet du dialogue national (dit : « âne national » suite à un lapsus de l’un des acteurs)  n’ont pu réaliser ce qu’ils ont réalisé que parce qu’il y a eu mobilisation au niveau de la  société civile et que les nouveaux gouvernants, qui étaient décidés à instaurer un nouveau  despotisme, ont été amenés à opérer un revirement ou un repli (provisoire et tactique ?)  Alors  ce « Nobel » récompense-t-il le quartet ou la mobilisation de la société civile qui a fait éviter à la Tunisie la restauration de l’ancien régime, l’instauration d’une nouvelle dictature encore plus rétrograde et/ou la guerre civile ou le quartet qui a su « tirer les marrons du feu ». Et qui s’est avéré, par la suite, incapable de dialoguer pour résoudre ses propres contradictions ?
Troisièmement : L’on récompense donc le dialogue, la recherche du consensus et les demi-solutions. Mais le quartet « couronné » est-il capable de procéder ainsi alors qu’on a vu ses représentants arriver à Oslo en rangs dispersés  et que deux de ses composantes  étaient au bord d’une confrontation explosive qui n’a pu être évitée que du fait de l’attentat sanglant qu’a connue la capitale le 24 novembre?

Ces questions évoquées m’amènent à me poser d’autres interrogations. Dont les principales sont :

_ Qui sont toutes ces « confréries » , pour ne pas dire toutes ces » hordes » qui ce sont précipitées à Oslo, souvent sur le compte du contribuable ? Ces gens – là ,ou une grande partie d’entre eux ont – Ils vraiment contribué au dialogue national pour ne pas dire à la révolution ? Ou au contraire leur présence à Oslo n’est-elle pas la preuve que nous continuons à vivre dans un système de népotisme, de clientélisme et de  « m’as-tu-vu »? Et de retrait bâti sur l’amour propre, la discrétion et le dévouement désintéressé de ceux qui ont réellement fait bouger les choses dans notre pays.

– Où en – sommes- nous de notre révolution? Evoluons-nous dans le sens de la réalisation des revendications des révolutionnaires ou est-ce plutôt la contre-révolution qui est entrain de prendre les devants et de restaurer l’ancien régime? Nos gouvernants actuels ,qui ont pris le pouvoir grâce aux « efforts » du quartet récompensé par le « Nobel » ne sont-ils pas une coalition formée par les barons de l’ancien régime ,des forces occultes liées à la contre-bande et à la corruption  et les nouveaux despotes se couvrant d’Islam ?

– Alors qu’on célèbre ce prix Nobel où en est-on de la transition démocratique et de la mise-en-oeuvre de la justice transitionnelle? Et où en est-on des droits humains et des libertés collectives et individuelles?Où en est-on de la lutte contre la torture?
–Pourquoi ce prix Nobel a-t-il été fêté et célébré par la France plus que par les tunisiens.

-Pouvons-nous faire mine de ne pas entendre les explosions en cours au Jbel Chaambi et nos blessés alors que fusent les rires à éclats de ceux qui sont venus nombreux à Oslo se prévaloir du Nobel?

 Je finirai par dire que je suis heureuse de ne pas avoir eu à être  à Oslo ce 10 décembre 2015
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