L’ombre de Villepin sur la rencontre Sassou-Le Maire

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Le président congolais, Denis Sassou Nguesso était reçu cette semaine en audience par le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire. Une initiative qui n’est pas gratuite !

Au cours de cet entretien entre Bruno Le Maire et Denis Sassou Nguesso que les médias du pouvoir congolais présentent déja comme nécessairement « cordiaux », les deux parties évoqueront, annonce-t-on, « les thèmes d’intérêt commun », relatifs au contexte international et régional, et en particulier les défis que le Congo-Brazzaville doit affronter concernant la relance économique.

Autant dire que cette rencontre à Bercy est une forme de soutien à un Président congolais cerné par les demandes pressantes du FMI de lutter contre la gabegie et de diminuer la dette considérable qui est la sienne malgré des fortes recettes pétrolières.

Dans un contexte international où le régime congolais est de plus en plus isolé, notamment du coté américain, l’initiative du ministre français de l’économie est une fleur faite au président Sassou.

Le Maire, héritier de Villepin

On ne comprend guère l’activisme pro Sassou de Bruno Le Maire si on n’a pas en tète deux éléments clés. Le premier est que Le Maire est une créature de Dominique de Villepin dont il fut d’abord la plume au ministère des Affaires Etrangères, puis le directeur de cabinet à Matignon. Le second est que ce même Villlepin, depuis un récent déplacement à Brazzaville où il fut reçu au plus haut niveau, s’active en faveur du régime congolais désormais miné par une répression sanglante de l’opposition et une corruption endémique.

Depuis son retour de Brazzaville, les réseaux villepinistes travaillent pour aider le vieux dictateur sanguinaire et corrompu de Brazzaville. Ainsi Bruno Le Maire n’est pas le seul proche de Dominique de Villepin à tenter d’aider le président Sassou. Le grand ami de Villepin et flamboyant homme d’affaires, Alexandre Djouhri, a été mis à contribution pour ouvrir les portes de la Russie aux amis de Denis Sassou Nguesso. C’est que Djouhri est proche de Sergey Viktorovich Chemezov, le patron de l’Agence d’exportation russe d’armes. Lequel, d’après des opposants congolais, a été approché récemment par le « monsieur Pétrole » de Sassou, Lucien Ebatan pour quémander une aide financière.

Françafrique, nous revoila!

Lucien Ebata avait été ntercepté en 2012 par les douaniers de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle avec 182 000 euros non déclarés sur lui. Les enquêteurs ont retrouvé sur ses comptes 29 transferts d’espèce, pour un montant de 4 millions d’euros, entre Monaco et la France. Des opérations qu’Ebata a justifiées auprès des policiers par des « frais » de sa société de trading pétrolier Orion Oil.

Avec le geste de Bruno Le Maire à l’égard de Sassou, nous voici replongés au coeur de cette « Françafrique », toujours enterrée et jamais tout à fait morte.

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)