Denis Mukwege : « Il n’existe pas de fatalité africaine » 

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Un film- « l’homme qui répare les femmes »- sort aujourd’hui à Paris sur l’épopée du docteur Denis Mukwege qui a créé en 1999 à Panzi au Congo un hôpital pour soigner les femmes violentées.

Le 18 janvier 2016, Denis Mukwege recevait à Bruxelles le premier prix de « la Fondation pour l’égalité des chances » du mauritanien Mohamed Bouamatou. Voici l’intervention que ce médecin, personnage central du film qui sort aujourd’hui en France, prononça à cette occasion

« La Fondation pour l’égalité des chances en Afrique » que lance le mauritanien Mohamed Bouamatou à Bruxelles représente une salutaire mobilisation pour le redressement de notre continent. Il faut lutter contre les plaies endémiques de l’Afrique -la pauvreté, les flux migratoires, la corruption- et favoriser une vraie démocratie.

Corruption, spoliation, pauvreté

Nos amis européens qui ont tenté de lier les aides financières aux progrès accomplis en matière de droits humains et politiques ont connu, hélas, des résultats mitigés. Certains pays africains s’en sortent bien, mais le refus de l’alternance encore trop courant a provoqué beaucoup de sang. Encore trop souvent la corruption, la spolation, la pauvreté et les génocides meurtrissent nos sociétés.

Or la solution définitive à ces problèmes ne peut venir que des Africains eux mêmes. Nous devons réapprendre la culture de la solidarité, de l’interdépendance et du soutien mutuel. Dans ce sens, il faut saluer la clinique ophtalmologique que Mohamed Bouamatou a créée voixi quelques années en Mauritanie. Les succès de cette formidable institution -5000 cataractes soignées par an-, ainsi que les attaques subies, me rappellent beaucoup l’aventure de notre hôpital de Panzi en République Démocratique du Congo.

Des lois, pas des messies

Nous n’avons pas besoin de messies, mais d’institutions fortes et de lois qui s’imposent à tous. Notre ressource numéro un, ce sont nos filles et nos fils, endurcis par des années de souffrance et dont beaucoup ont étudié à la lueur du réverbère. Il faut libérer cette énergie.

Qu’un hommage soit rendu à ces femmes africaines, qui partent tôt le matin pour le marché et qui, tard le soir, font le ménage. Et que le déshonneur et l’oubli soient réservés à ceux qui ne savent pas s’arracher du pouvoir.

Il n’existe pas de fatalité africaine. Notre sort est entre nos mains.

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