L’adieu au « vieux monde » de Le Drian

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 Pour Jean-Yves Le Drian, quitter le PS, auquel il a adhéré en 1974, ne sera pas une simple formalité.
Jean-Yves Le Drian n’avait pas le choix. Soit il était exclu du Parti Socialiste, comme l’a été récemment le député PS, Olivier Dussopt, pour son entrée au gouvernement, soit il tirait lui-même les conséquences de l’incompatibilité de sa participation au gouvernement avec sa carte PS.
« Transcourants » for ever
L’inamovible ministre de la Défense du quinquennat de François Hollande aurait probablement souhaité une autre fin à son parcours politique au sein du parti socialiste. Son ralliement précoce à la candidature présidentielle d’Emmanuel Macron, qui lui vaut le prestigieux Quai d’Orsay, n’était pourtant pas inimaginable. On oublierait presque que l’agrégé d’Histoire était un des précurseurs du macronisme lorsqu’il réunissait dans sa ville de Lorient, dès 1985, une petite dizaine de réformistes se réclamant « transcourants »du PS.
Avec François Hollande, Jean-Pierre Mignard, Jean-Pierre Jouyet et le regretté Jean-Michel Gaillard, Jean-Yves Le Drian avait compris que l’internationalisation accélèrée des relations économiques changerait le « vieux monde ». Avant Tony Blair et Gérhart Schroder, les « nouveaux socialistes » rejetaient les blocages idéologiques pour s’en tenir aux réalités naissantes de l’économie de marché mondialisée. Alors qu’Emmanuel Macron n’avait pas encore 10 ans, Jean-Yves Le Drian avec ses amis Mignard, Jouyet et Hollande pensait déjà au « nouveau monde » qui ferait éclater un système partisan déjà sclérosé, qui placerait les entrepreneurs et l’emploi, même les petits boulots, au centre de la politique économique et social et qui donnerait une priorité à la construction d’une nouvelle Europe. Cette « troisième voie », inspirée de Michel Rocard et de Jacques Delors, ne put être mise en oeuvre, pour diverses raisons, par François Hollande.
 Convictions politiques
Comme Emmanuel Macron, Jean-Yves Le Drian et ses amis Mignard et Jouyet en éprouvèrent une amère déception. N’ayant pas renoncé à leur projet politique, les trois compagnons n’hésitèrent pas à braver les apparatchiks d’un PS, redevenu une autre SFIO, pour adhérer au projet d’En Marche qui était conforme à leur vision prémonitoire. Ainsi donc, début 2018, Jean-Yves Le Drian rejoindra Jean-Pierre Mignard et Jean-Pierre Jouyet en quittant le PS pour rejoindre le mouvement LREM, beaucoup plus par conviction politique que par opportunité politicienne.
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