Le Maroc dénoncé … sur papier glacé

Habillés par Dior dans le très chic magazine "L'Officiel", Leïla Slimani et Abdallah Taïa dénoncent les « injustices » sociales au Maroc. Tout n'est pas faux dans ce sombre tableau. Mais notre chroniqueur, Karim Douichi, regrette que les deux auteurs mènent leur croisade sur les bords de la Seine plutôt qu'à Rabat où une société civile bouillonnante défend ses propres valeurs.

Partages

C’est sur un mensuel élitiste et cossu réalisé, édité et diffusé au Maroc, mais totalement inabordable pour le Marocain de la rue, que les deux romanciers, Leila Slimani et Abdallah Taïa -habillés par Dior, Courrèges et Saint Laurent- dénoncent un royaume chérifien qui « manque cruellement de liberté ».

Encore une fois l’élite marocaine francophone, liée corps et âme à la France, nous fait la morale. Ces deux expatriés veulent nous donner des leçons d’ouverture, de tolérance et de liberté. Savent-ils ces deux là que plus de cinquante mille citoyens français vivent en total respect et harmonie avec les « autochtones » marocains?

A bras ouverts

Au delà des retraités paisibles qui se retirent au Maroc, le Royaume a ouvert ses bras à la culture française en accueillant douze instituts français qui le long de toute l’année diffusent films et documentaires, abritent spectacles, expositions et pièces de théâtre sans aucune forme de censure.C’est dans ce pays « archaïque » et « barbare » que la France détient le réseau d’enseignement le plus dense dans le monde avec 38 établissements et plus de 34 mille élèves. Plus d’un million de touristes de l’hexagone sont reçus chez nous.

Notre pays a choisi volontairement de tourner la page d’une colonisation sanglante qui profondément laissé des cicatrices, mais dont la population a décidé de regarder résolument vers l’avenir.

Lointaines élites

Or aujourd’hui, il existe une sorte de « supra conscience » condescendante d’une certaine élite francophone ayant élu domicile sur les rives de la Seine qui s’évertue à donner des conseils aux marocains sur comment assimiler « les mères célibataires ». Sans prendre en considération les efforts d’une société civile foisonnante et souvent en avance sur la « bien pensance » parisienne, et sans se soucier des particularités réelles d’un pays qui essaie de trouver sa voie vers la modernité sans  froisser une culture millénaire ni piétiner les sentiments de millions citoyens qui inventent au fil des siècles, parfois en dépit de violents ressacs,  une identité plurielle et riche.

Ce modèle, si imparfait soit-il, le Maroc est en train de l’inventer, fort de son histoire et loin des clichés véhiculés depuis l’étranger.

 

Partages