Gabon, une « garde républicaine » préposée aux basses oeuvres

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Fondée au lendemain du coup d’état de 1964, la garde présidentielle rebaptisée garde républicaine, est le cerbère du pouvoir. Et sa réputation est sinistre.

Considérée comme une force de deuxième catégorie préposée à la protection du président de la République, la Garde républicaine du Gabon apparait plus comme une armée à part entière et entièrement à part.

Une annexe du clan familial

La Garde Républicaine possède un budget qui ne dépend pas du ministère de la défense. Forte de plus de 3000 hommes, elle dispose à la fois de chars basés au groupement blindé d’intervention à Libreville), un régiment de parachutistes, une escadrille aérienne, une brigade nautique. Ses bases se situent à Libreville et à Cap Esterias, mais aussi à Franceville et Léconi dans le Haut Ogooué, le « fief » des Bongo.

Gal Kouna commandant en chef de la GR cousin dAli Bongo 300x215 - Gabon, une "garde républicaine" préposée aux basses oeuvresL’actuel commandant en Chef, le Général Grégoire Kouna (voir ci contre), est un cousin d’Ali Bongo. Seuls les membres de la famille Bongo sont autorisés à diriger ce corps d’élite. Sauf lors des premières années, lorsque les Français étaient à la tète de la Garde. Aux obsèques d’Omar Bongo en 2009, les « officiers blancs » étaient encore bien visibles dans les rangs de la l’ancienne Garde Présidentielle, surtout parmi ceux qui ont porté le cercueil de « l’immortel Omar ».

Jacques Foccart l’inspirateur!

Dès sa création en 1964, la mission de la Garde Présidentielle est claire : protéger le président et mater les contestations y compris celles des frères d’armes. C’est Jacques Foccart, conseiller Afrique du général de Gaulle, qui demande à Robert Maloubier (1), une légende du renseignement français, de jeter les bases la Garde Présidentielle.

Lorsqu’en 1967, Albert Bongo accède au pouvoir, la Garde est déjà constituée. Elle est dirigée par le colonel Louis « Loulou » Martin, un ancien de la Légion aux états de services élogieux, mais aussi un partisan de l’OAS qui a pris part au putsch d’Alger!.  « Loulou » s’appuie notamment sur les nervis membres du Service d’Action Civique (SAC), ce service d’ordre musclé qui est créé par de Gaulle et Foccart pour stabiliser la cinquième République. Pierre Debizet, patron du SAC, sera même le conseiller technique d’Omar Bongo. Des anciens de l’OAS se refont une virginité au Gabon.

Les années de plomb !

En 1970, le célèbre mercenaire Bob Denard rejoint le Gabon sous le nom de Gilbert Burgeaud. Histoire de se remettre de la débâcle du Biafra. Un « brillant » parcours, quartier maitre seconde classe, promu commandant par Tschombé au Katanga lorsqu’il luttait contre les troupes de l’ONU aux coté des célèbres « affreux »,  puis colonel par la volonté de Mobutu ,alors qu’il luttait aux cotés de Sigfried « Kongo » Mulle, un ancien de l’armée nazie contre les derniers partisans de Lumumba.

Bob Denard est rapidement présenté à Bongo qui lui offre son premier emploi : surveiller Germain Mba en poste à l’ambassade du Gabon en RFA, ancien opposant rallié à son régime dont pourtant il se méfie. Mais en Aout 1971, le barbouze se rend au 2 rue de l’Elysée, visiblement perturbé. Il avoue à un collaborateur de Foccart que Bongo lui a demandé de tuer Germain Mba. Le collaborateur de Foccart le rassure : « le fait que vous soyez là prouve à l’évidence que vous désapprouvez cet acte (…) dites à Bongo que vous m’avez vu et que je lui rendrais visite la semaine prochaine ».

Le 17 Septembre 1971, Germain Mba qui venait d’être nommé ambassadeur du Gabon au Japon est abattu par deux individus de type européen de plusieurs balles devant son domicile du quartier London de Libreville. Denard est -il passé à l’acte ? La femme de Germain Mba, Martine Oyane, également blessée est formelle : son mari a été et emporté dans une 404 blanche. Quelque temps après, la police arrête non loin du domicile de Mba, la 404 blanche avec à son bord Denard, son compagnon et dans le coffre le cadavre de Mba. Un coup de fil de la Présidence du Gabon ordonne aux policiers « zélés » de relâcher Denard et son compagnon qui iront enterrer le corps dans la banlieue nord de Libreville au cap Esterias, dans un terrain appartenant à la Garde Présidentielle.

« Profession tueur »

A Libreville, beaucoup des éléments de cette garde  prétorienne n’hésitent pas à brandir dans des bars leur carte professionnelle portant la mention « tueur ». Combien de « petits » de sans grades ont disparus sommairement abattus ou sont morts sous la torture ? Mais la Garde Présidentielle a élargi également son champ d’action. En opérant à l’étranger notamment à Miami aux Etats-Unis où ces hommes de main ont traqué et tué l’haïtien Réné A. Joseph, expulsé du Gabon pour avoir fricoté avec Marie Joséphine Bongo.

En 1990, suite à l’assassinat de Joseph Redjambé et aux émeutes qui s’ensuivent, la GP est déployée dans les rues pour palier l’indolence d’une armée régulière qui semble réchigner à obéir aux ordres, au plus fort de la crise la Garde Présidentielle tente d’enlever le président de l’assemblée nationale M. Boumah qui bien qu’étant un ami de Bongo traumatisé par le geste finira par démissionner. On la retrouve en 1993 et 1994 dans la répression des contestataires du premier coup d’état électoral, très active et discrète en 1998 et 2005. Elle surveille la transition de 2009. Pendant la campage éléctorale d’Aout 2009 on peut voir aux coté du candidat Ali Bongo, un officier de la Garde Républicaine, son frère Frédéric Bongo, Franco-Gabonais, Diplômé de Saint Cyr, actuellement chef des services secrets Gabonais. Fait intéressant, les résultats de l’élection présidentielle de 2009 sont donnés à « la Cité de la démocratie » : une sorte de complexe militaro- administratif placé sous la protection de…la Garde Républicaine.

La Garde Républicaine du Gabon tue ouvertement

C’est aujourd’hui tellement documenté (notamment par des médias français) que plus personne ne nie que c’est la Garde Républicaine qui a attaqué violement le quartier Général de Jean Ping tuant, blessant sans état d’ame dans la nuit du 31 Aout au 1er Septembre 2016. Rappellons, à toutes fins utiles que la Garde Républicaine du Gabon nullement habilité à le faire et ne peut être déployé que par son chef suprême c’est-à-dire Ali Bongo qui a – il convient de le rappeler – selon certaines personnes assisté en personne à « l’assaut » du siège de son rival peuplé de partisans aux mains nues par ses « gars». Au même moment, la Garde Républicaine est déployée aux endroits clés de la capitale pendants que les autres « ratissent » et tuent « pour calmer les ardeurs ». On parle de Français de la Garde Républicaine ayant pris part à ce qui s’apparente plus à un crime contre l’humanité qu’autre chose. Plus d’un an après les tueries de l’été 2016, l’ordre est revenu à Libreville et dans le reste du Gabon, la Garde Républicaine, dernier rempart de la dynastie Bongo veille.

Cette Garde prétorienne dont l’emblème est un lion rugissant, reste prêt à bondir et à décapiter tous ceux qui oseront se dresser contre le pouvoir prédateur d’Ali Bongo.

(1) Maloubier est ancien du SOE britannique pendant la deuxième guerre mondiale, parachuté au Laos en 1945, cofondateur des nageurs de combats du SDECE…

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