La filiale mauritanienne de Tunisie Télécom frauderait les douanes

Alors que le conseil d'administration de Tunisie Télécom doit se réunir le 5 mai, les médias mauritaniens, notamment Mohamed Vall Ould Alem sur le site Mauriweb, dénoncent les fraudes douanières dont se rend coupable sa filiale mauritanienne Mattel.

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Arrivée sur le marché mauritanien en l’an 2000 comme premier opérateur Gsm du pays, le groupe Mattel avait suscité de grands espoirs chez ses actionnaires et parmi le personnel mauritanien. Le groupe participait à la bonne santé de l’environnement économique national en l’ouvrant sur les technologies nouvelles et les communications rapides….

En queue de peloton

La maison mère Tunisie Telecom lui avait assigné une équipe dirigeante, composée pour l’essentiel de vieux cadres incompétents et en fin de carrière (pré-retraite),  et qui n’avaient aucune vision et ne cachaient même pas qu’ils étaient là, plus pour se servir que pour servir l’entreprise qui leur a été confiée. Et comme pour souligner cette précarité, Mattel est la seule entreprise des télécom qui ne possède pas en propre le moindre local en Mauritanie.  Mattel ne tardera pas à montrer ses limites. Reléguée à la seconde place dès l’arrivée de Mauritel, elle sera troisième et dernière après l’arrivée sur le marché de Chinguittel.

Depuis, aucun dessein stratégique n’apparait clairement. Le français Dominique Saint-Jean ( voir ci contre) avait été ainsi recruté pour six mois afin de négocier la reprise de Mattel par le groupe Orange.Mais ce dernier ne tardera pas à être nommé par Tunisie-Télécom comme Président-Directeur Général de la société, après avoir sciemment fait capoter l’opération de rachat en cours avec l’opérateur français.

Basses besognes

Il sera secondé par l’inamovible Chaker Benamar, homme des sales besognes de tous les Directeurs généraux tunisiens envoyés par Tunisie-Télécom pour diriger ou plus exactement piller Mattel. A leur disposition se trouvent une dizaine de cadres tous tunisiens payés à grands frais pour garantir l’opacité de la gestion au profit exclusif de Tunisie-Télécom et de ses cadres expatriés.

Chaque membre de ce groupe de prédateurs a mis en place son propre circuit de pillage : fournisseurs-prêtes-noms, fausses factures, prestations facturées mais non réalisées, matériels et équipements commandés, réglés mais parfois non livrés etc…. fausses factures établies par de grands fournisseurs dans le but de minorer les droits de douanes. Ceci grâce à la complicité du Transitaire attitré de Mattel, MOD-Transit, et de son directeur, Mohamed Ould Dey, comme le montrent les fac-similés des factures fournisseurs publiées par le site Mauriweb et que nous reproduisons ci-dessous.

Plusieurs douaniers de haut rang ayant pignon sur rue trempent dans ces trafics sur lesquels Mondafrique avait enquèté. Afin d’arriver à ses fins, le groupe Mattel aurait décaissé quarante millions de pots de vins.

L’incontournable Nizar Bouguila

La question incontournable qui se pose actuellement est de savoir si le PDG de Tunisie-Télécom, Nizar Bouguila, principal actionnaire de Mattel et chef direct de ses dirigeants actuels ( voir sa photo ci dessous) est au courant des agissements répréhensibles de ses collaborateurs et représentants à Nouakchott. Est ce que cet industriel pourrait couvrir de tels agissements s’ils se passaient chez lui en Tunisie ? Surtout comment a-t-il pu investir l’année dernière trois cent millions d’euros pour racheter une société maltaise à la rentabilité douteuse plutôt que d’investir dans une filiale mauritanienne prometteuse? Que cache cet investissement qui devrait se révéler tout sauf rentable dans les années à venir?

Le risque est énorme pour l’ensemble des personnes impliquées directement ou indirectement dans cette gigantesque arnaque car, au titre des articles 297 et suivants du Code des Douanes, l’emprisonnement et la privation des droits civiques sont la sanction prévue dans de tels cas, en plus de la confiscation de l’objet du délit et des amendes financières. La qualification d’ »association de malfaiteurs » au sens de l’article 246 du code pénal, si elle était retenue, risque d’entrainer pour tous la réclusion criminelle et les travaux forcés.

La fuite des cadres

Comme on le voit, empêtrée jusqu’au cou dans les malversations, Mattel réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel inférieur aux dividendes distribuées annuellement par son concurrent Mauritel, qu’elle avait pourtant devancé sur le marché mauritanien. Ce qui n’est guère glorieux pour le staff tunisien dédié par Tunisie-Télécom. De quoi en tout cas  désoler le personnel mauritanien à Nouakchott qui voit son outil de travail se dégrader jour après jour.

Dans une lettre datée du 7 février publiée récemment par des medias, les délégués du personnel local de Mattel ne cachent plus leur ras-le-bol de ce pillage à ciel ouvert de leur société. Des cadres compétents, écœurés ont préféré démissionner pour aller travailler ailleurs plutôt que voir leur entreprise démantelée.

Le 20 décembre 2016, une plainte a été déposée par l’ancien patron des patrons mauritanien et créateur de Mattel, Mohamed Ould Bouamatou, contre les dirigeants actuels et anciens de Mattel et de Tunisie-Télécom pour « Trucage des comptes annuels, dividendes fictifs, marchés douteux etc… »

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