Des élites politiques en cause

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Dans sa chronique, le professeur Hachemi Alaya met en cause les responsabilités de la classe politique actuelle dans la chronique du désastre annoncé.

L’attractivité de la Tunisie est sérieusement menacée et son image gravement ternie. Si la dette financière léguée par l’ancien régime était soutenable -48,5% du PIB au début de l’année 2011, celle de la Tunisie nouvelle née en 2011 est immense. Prévarications, clanisme, rapine ont contribué à la situation actuelle. Immense est la responsabilité des gouvernements qui se sont succédés à la tête du pays durant la période de transition politique.

Notre pays est ravalé au rang d’un paradis fiscal avec tout ce que cela recouvre en termes d’évasion fiscale, de dissimulation de transactions financières, de promotion de la criminalité organisée et de soutien au terrorisme.

La démocratie gangrenée

Des responsables politiques qui, dans l’ivresse de la démocratie naissante, ont tourné le dos au monde, ont fait preuve d’une ignorance des lois de gravitation économique, renoncé à adopter des politiques courageuses pour redresser une économie déjà en crise. Ce faisant, ils ont approfondi les sillons de l’économie mafieuse et de l’économie informelle, aggravé les inégalités face à l’impôt, nourri les mécontentements voire, par leur inefficacité et leur manque d’audace à réformer, compromis le processus même de la transition vers la démocratie.

N’est-ce pas dans son ouverture sur le monde et son option (inachevée) pour l’économie de marché que réside en bonne partie le secret de la « réussite » économique de la Tunisie au cours des décennies Ben Ali ? Toutefois, ce bienfait de la mondialisation et de la généralisation de l’économie de marché a un revers grave : il s’est accompagné par une exacerbation des inégalités entre d’une part les pays et, de l’autre, au sein même d’un pays, entre les différentes catégories de la population. Toutes les études sérieuses aboutissent au même constat: les inégalités entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres se sont accrues. La mondialisation a accentué les inégalités.

L’évasion fiscale, voici l’ennemi

Ce fléau mis en évidence de longue date, a abouti au constat que, pour lutter efficacement contre l’accroissement des inégalités et la persistance de la pauvreté, il est impératif de mettre un terme aux discriminations considérables de revenus par une lutte contre l’évasion fiscale.

C’est dans ce contexte que les membres du G-20 et de l’Union européenne se sont engagés dans une lutte sans merci contre les paradis fiscaux. En fait, cette lame de fond a commencé à gagner du terrain dès la fin du siècle dernier. Peu importe qu’elle soit soutenue par des « moralisateurs » épris de justice sociale ou mue par de sordides calculs d’intérêts d’Etats égoïstes soucieux de préserver leurs avantages et/ou d’assurer la « stabilité financière » du système mondial, et/ou de lutter efficacement contre le terrorisme, etc. L’important est de réaliser qu’il existe actuellement une véritable mobilisation à l’échelle planétaire, soutenue par des forces agissantes qui se renforcent de jour en jour et qui vise à mettre un terme aux paradis fiscaux. Lesquels sont le fruit de régimes  « qui commercialisent leur souveraineté en offrant un régime législatif et fiscal favorable aux détenteurs de capitaux, quelle que soient leur origine ».

L lutte contre l’évasion fiscale qui ne fait que commencer ; ce qui explique son caractère inachevé, ses inconséquences et les nombreuses lacunes. C’est cette mobilisation planétaire qui est au fondement des politiques de lutte contre les paradis fiscaux qui sont progressivement initiées et sont aujourd’hui coordonnées à l’échelle planétaire par l’OCDE pour qui « le standard c’est l’échange d’informations entre les pays pour que les contribuables paient leurs impôts chez eux. Nous avançons vers un système où les règles du jeu seront équitables».

L’occasion ratée

Face à cette réalité, l’élite dirigeante a fait montre d’inconscience et d’inconsistance. Obnubilés par le pouvoir et l’électoralisme, les partis politiques n’ont guère réalisé cette lame de fond. Par sa réaction épidermique et la désinvolture avec laquelle il a traité les appels de l’Union européenne pour songer à commencer à nettoyer les écuries tunisiennes, le gouvernement a fait étalage de sa déconnexion avec les réalités du monde et d’indolence à l’égard du danger qui guette l’économie du pays.

Au bout du compte, c’est la Tunisie qui a manqué une occasion de conforter son image de terre d’accueil hospitalière et –surtout– respectueuse des règles et des normes de conduite civilisées.

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