De la Corée à la Mauritanie, la corruption est un sport national

Ahmed Ould Cheikh, notre confrère et directeur du "Calame", un site d'information mauritanien, incite le président de son pays, le général Aziz, à méditer sur le sort de l'ex présidente coréenne contrainte de démissionner pour corruption aggravée.

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A Séoul, après plusieurs semaines d’intenses manifestations réclamant sa destitution, la présidente de la république de Corée du sud, Park Geun-hye, a finalement cédé aux pressions de l’opposition. Elle est empêtrée dans un scandale de corruption. Elue sous le slogan de la lutte contre la gabegie (tiens, tiens…), elle avait déclaré la guerre à la corruption, promettant de punir quiconque se rendrait coupable de malversations. Elle n’a pas tardé à en faire elle-même les frais. Sa gourou, surnommée « La Raspoutine », une confidente de l’ombre (re-tiens, tiens…), forte de son énorme influence sur les prises de décision, recevait, pour sa Fondation, d’énormes fonds d’entreprises publiques.

Poursuivie, par la justice, pour trafic d’influence, abus de pouvoir et tentative de fraude, elle a été écrouée, emportant la présidente dans sa chute, obligée de démissionner après l’éclatement du scandale. Une affaire impliquant ses proches et les plus grands conglomérats du pays.

Mardi 29 Novembre 2016, au cours de sa troisième allocution télévisée suivant l’explosion, le mois précédent, du « Choïgate », nom de sa plus proche confidente, madame Park réitéra ses excuses au peuple, pour son incapacité à contrôler son entourage (re-re-tiens, tiens…).

Bizarre, comme le monde est petit.

Malgré l’éloignement, les disparités d’économie et d’implantation de la démocratie, notre pays a tout l’air d’une petite Corée. Notre président, qui s’était lui aussi promis de lutter conte la gabegie, n’a pas tardé à être submergé par l’ampleur du phénomène. Si bien qu’il a fini par s’en accommoder ; s’y complaire, même. Toutes les personnes, ayant eu la main leste devant l’argent public et qui sont allées en prison ou ont été relevées de leurs fonctions, ont toutes été réhabilitées, blanchies et re-nommées à de hautes fonctions.

Les exemples ne manquent pas. Une démarche qui lui a probablement été conseillée par sa gourou, puisqu’il en a lui aussi une. Qui y va de ses consignes. Tel voyage est fortement déconseillé, telle décision doit être prise… Très introduite, elle use de son influence pour obtenir des faveurs et des postes pour sa famille et ses proches. Elle est même devenue très fréquentable.

Des hommes d’affaires, en quête d’opportunités, et de hauts responsables lui font une cour assidue pour les recommander en ‘’haut lieu’’. Un anachronisme inimaginable au plus sommet de l’Etat au 21ème siècle, s’il vous plaît. Toute honte bue. Son existence est désormais un secret de Polichinelle et n’importe qui peut vous donner son nom.

Troisième point commun : l’entourage. Incontrôlé et incontrôlable ici aussi. Il a fait main basse sur le pays. Les derniers scandales du poulpe et des terrains de Nouadhibou ont achevé de nous convaincre que tout ce qu’on nous disait n’était que slogans creux.

Mais la ressemblance s’arrête là. Le peuple coréen, qui est massivement descendu dans la rue pour demander la démission de la présidente, n’a rien à voir avec les moutons de Panurge que nous sommes devenus. Leur opposition joue son rôle à merveille et leur démocratie tourne à plein régime. Aucun militaire (ancien ou actuel) n’y a son mot à dire.
Et le Parlement, qui a voté la destitution de la présidente, prend sa mission au sérieux, loin de toute ingérence de l’Exécutif. On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Mais il arrivera bien un jour où notre rue se réveillera. Tout le monde, gourou ou pas, rendra alors des comptes. Une démocratie véritable verra le jour. Ce jour-là n’est peut-être pas loin. En attendant, supportons et… rêvons.

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