Les coulisses de la rencontre entre Edouard Philippe et Abdelmadjid Tebboune

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C’est la rencontre qui suscité toutes les controverses à Alger. Le Premier ministre algérien, Abdelmadjid Tebboune, a rencontré lundi 7 août son homologue français Edouard Philippe. La rencontre a été qualifiée par les deux parties d' »informelle ». De plus, A. Tebboune se trouvait à Paris dans le cadre d’un séjour personnel et privé sans aucune relation avec l’exercice de ses fonctions.

Selon les proches du Premier Ministre algérien, c’est Edouard Philippe qui l’a invité à Matignon pour une séance de travail. A Alger, les conseillers d’Abdelaziz Bouteflika, notamment son frère l’influent Saïd, ont laissé éclater leur colère. « C’est une grave violation du protocole. L’invitation devait passer, d’abord, par la Présidence de la République pour qu’elle soit validée et organisée dans les règles de l’art. A. Tebboune est parti à la rencontre de son homologue français comme s’il était le seul dépositaire du pouvoir en Algérie », dénonce un proche du Palais d’El-Mouradia.

Rapport troublant

Le recadrage de Tebboune n’a pas tardé et plusieurs médias algériens proches du sérail ont déclenché une violente tempête de critiques à l’encontre de Tebboune qui aurait soit disant exaspéré Abdelaziz Bouteflika. En réalité, la Présidence était bel et bien au courant de la tenue d’une rencontre entre Edouard Philippe et Abdelmadjid Tebboune. Sauf que le Palais d’El-Mouradia s’attendait à une invitation officielle pour tenir une rencontre « formelle ».

A. Tebboune est passé outre cette exigence . Mais pourquoi ? Selon nos sources, le chef du gouvernement algérien n’a pas voulu attendre le feu vert de la Présidence parce qu’il jugeait urgent de rencontrer son homologue français notamment après la publication d’un rapport troublant sur sa personne par une commission du sénat français. « Les français entretenaient de très bons rapports avec Abdelmalek Sellal, l’ex Premier ministre. Tous leurs contacts et relais à Alger leur ont assuré qu’il resterait aux commandes. Ils ont été pris de court avec la nomination de Tebboune », nous confirme une source diplomatique algérienne.

Et les officiels français ont rapidement manifesté leur étonnement face à ce changement brutal ou inattendu. Dans le rapport de la commission du sénat français conduit par Simon Sutour, il est clairement mentionné que la diplomatie française n’avait pas prévu ce revirement qui laisse planer un doute sur le devenir des intérêts de la France. Engagé dans un dur conflit avec les oligarques et les nostalgiques de l’ère Sellal, Tebboune a expliqué de vive voix à Edouard Philippe les enjeux de sa feuille de route et sa vision des relations franco-algériennes.

Rassurer Paris

« En clair, Tebboune a voulu rassurer les français pour éviter une dangereuse alliance entre les soutiens français en Algérie avec ses ennemis politiques. A. Tebboune a promis de ne pas toucher aux intérêts de la France en expliquant que les entreprises françaises ont beaucoup à gagner à un assainissement du climat économique et politique en Algérie », nous confie un haut cadre fidèle à A. Tebboune avec qui il collabore régulièrement.  C’est donc le contenu et la forme de cette rencontre qui a irrité au plus haut point les adversaires de Tebboune à El-Mouradia. Pour ces derniers, il est dangereux de ce laisser ce Premier Ministre gagner une aura internationale après avoir remporté l’adhésion populaire dans son combat contre les importations onéreuses et le monde des affaires. La rencontre entre Abdelmadjid Tebboune et Edouard Philippe constitue à ce titre un tournant dans l’évolution de la situation politique algérienne.

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