Centrafrique, Échec et Mat pour le président Touadera

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Élu au suffrage universel par un peu plus de 62% des 1 108 000 suffrages exprimés, le 20 février 2016, le professeur d’université et ancien recteur de l’Université de Bangui, Faustin-Archange Touadera avait suscité beaucoup d’espoirs. On est aujourd’hui loin du compte!
Le  “candidat des pauvres” annonçait dans son discours d’investiture, le 30 mars 2016, “une rupture avec le passé”. Les Centrafricains, les médias occidentaux et les diplomates avaient cru naïvement qu’il s’agissait d’une rupture notamment  avec le régime du général-président François Bozizé que Faustin-Archange Touadera avait servi durant cinq ans ( 2008-jusqu’aux Accords de Libreville du 11 janvier 2013), en qualité de Premier ministre. Ils avaient mal interprêté ou pas lu le discours présidentiel. Le passé ne concernait que la période postérieure aux Accords de Libreville et surtout le régime de Michel Djotodia, le vainqueur de Bozizé avec les bandes de la Seleka venant du nord-est du pays, renforcées par des pillards soudanais et tchadiens.
Le changement dans la continuité
Alors qu’un boulevard vers la reconciliation nationale et le relèvement de l’Etat se présentaient devant l’élu du peuple centrafricain, les premiers choix du président Touadera l’amèneront progressivement vers un remake de la mauvaise gouvernance bozizéenne et dans l’actuelle impasse. Son premier ministre et son directeur de cabinet, qui sont à ses côtés depuis une dizaine d’années, l’accompagnant toujours dans ses différents postes, étaient déjà à la manoeuvre à la Primature, lorsque Faustin-Archange Touadera était Premier ministre. Adeptes de la mauvaise gouvernance avec ses fondements que sont le népotisme, le clanisme et le clientèlisme, leur prise en otage du pouvoir exécutif s’est faite sans opposition. La plupart des anciens politiciens du régime de Bozizé, renversé par Michel Djotodia, sont revenus soit au gouvernement soit dans les nombreux postes de ministres-conseillers ou dans les sinécures alimentaires créées à cet effet. Manquera toutefois à l’appel, le Senat qui aurait été la cerise sur le gâteau-mangeoire.Seule l’Assemblée nationale a pu échapper à cette main-mise. En effet, comme les élections législatives se sont déroulées en même temps que l’élection présidentielle, la plupart des députés ne sont pas redevables de leur mandat au chef de l’Etat. De ce fait, les 140 députés constituent les seuls relais de la misère et de l’horreur dans lesquelles est plongée la population de l’arrière-pays. Il va de soi que le Président de l’Assemblée Nationale et les chefs de l’Opposition parlementaire sont les cibles des attaques les plus viles des officines du pouvoir exécutif. L’union nationale et la réconciliation des Centrafricains, notamment avec la bonne gouvernance, ne sont que de vieux rêves entrecoupés de cauchemars.
Un bilan catastrophique soutenu par les bailleurs
En dépit de la mauvaise gouvernance certes endémique en Centrafrique, il n’est pas une semaine où le régime bicéphal Sarandji-Touadera ne soit encouragé par des déclarations officielles de soutien venant de l’ONU, de la Minusca, de l’Union africaine, de l’Union européenne et de la France.
Pourtant, depuis 2016, notamment au nord-ouest, au centre et au sud-est, les victimes se comptent par dizaines de milliers, désormais 14 sur 16 préfectures ( départements) ne sont plus contrôlées par l’Etat, les seigneurs de la guerre refusent toute autorité représentant l’Etat et occupent, manu militari, les bâtiments publics y compris les établissements scolaires. L’impunité est encore le puissant moteur de la crise politique, financiere et humanitaire et de la disparition de l’Etat de droit. Les personnalités sous sanctions internationales et nationales circulent en toute liberté. La Cour Pénale Spéciale (CPS), intégrée dans le système judiciaire centrafricain, par une loi du 3 juin 2015, n’est toujours pas opérationnelle. Certes les personnels étranger et centrafricain de la CPS sont déjà dotés et rémunérés, sans service fait. La blancheur de leur hermine n’a d’égale que les pages blanches des enquêtes et des instructions. Les bailleurs devront bientôt renflouer le budget de ce prolongement de la Cour Pénale Internationale qui a mis treize ans pour juger, en premiere instance, les crimes du chef de milice congolais, Jean-Pierre Bemba, commis en 2003. De même, le DDRR est encore au stade de la phase pilote et ne pourra évidemment être appliqué que dans les zones contrôlées par l’Etat. Déjà en période de non crise, le budget national etait équivalent à celui d’une ville française de 200 000 habitants. Désormais, il n’est plus qu’indicatif pour le seul FMI qui s’en accommode parfaitement, même lorsque le Président et le Premier ministre s’attribuent, pour 2018, une augmentation de plus de 500 % de leurs fonds spéciaux, non contrôlables.
Vers la fin de partie ?
Lorsque tout va mal, il reste le recours aux forces surnaturelles et occultes. De nombreuses réunions officielles ne peuvent commencer que par des prières, des chants évangéliques avec des vrais-faux Pasteurs, ignorant souvent le bénévolat. Le Président et son Premier ministre, comme de nombreux ministres, sont des Pasteurs, tout en prenant des libertés avec les canons de leurs églises dites du réveil. En fonction des oracles, les nominations se font et se défont, les contrats sont signés ou dénoncés, les alliances se nouent ou se dénouent. Au niveau diplomatique, le langage est à géométrie variable donc de moins en moins crédible par les alliés historiques et sérieux de la République centrafricaine. La situation du Président centrafricain ressemble, de plus en plus, à celle du Roi dans le jeu d’echecs lorsqu’il est menacé de fin de partie : on est proche de l’Echec et Mat !
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