Bras de fer automobile en Algérie

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Le marché automobile est devenu le théâtre d’une guerre entre différents constructeurs mondiaux en Algérie. En 2014, ce secteur a pesé jusqu’à plus de 5,7 milliards de dollars de vente. Mais, depuis 2016, la chute est brutale et le gouvernement algérien a instauré des quotas pour obliger les constructeurs à développer une activité industrielle dans le pays. Renault accepte de s’implanter à Oran et réclame une exclusivité de 5 ans qui lui garantit l’absence de concurrents sur le marché. L’Algérie ne cède pas facilement et lui octroie finalement une exclusivité de 3 ans.

La fin du leadership français

Peugeot se lance également dans l’aventure et prépare tout un dossier d’investissement avec le groupe privé Condor qui appartient à la richissime famille des Benhamadi. Jusqu’à 2017, les constructeurs français se pensent en terrain conquis en Algérie. Surprise ! Les  les autorités algériennes remettent en cause les privilèges des français estimant que les investissements ne sont à pas à la hauteur de leur promesse et que les affaires les plus juteuses sont offertes au Maroc où les usines Renault et Peugeot, en cours de lancement, sont nettement plus imposantes.

Volkswagen en profite pour bouleverser les rapports de force. Avec son partenaire Algérien le groupe SOVAC du milliardaire Oulmi, le constructeur allemand arrache une usine de 160 millions d’euros. L’usine est mise en marche à l’ouest du pays à partir du deuxième semestre de 2017. Les français ne digèrent pas le coup et s’activent pour défendre leurs intérêts. Plusieurs délégations venues de Paris sont dépêchées à Alger. Les rencontres se multiplient et dans les coulisses, les diplomates de l’ambassade de France à Alger font de leur mieux pour remettre les sociétés françaises sur leur podium.

Concurrence iranienne

C’est le groupe Tahkout du milliardaire Mahieddine Tahkout qui a porté la dernière estocade aux intérêts français. Fin 2016, il lance l’usine Hyundai après avoir subtilisé la marque sud-coréenne à l’homme d’affaire Issad Rebrab. Il conclut rapidement des crédits bancaires avec les établissements publics comme la BNA et ses voitures se déversent sur le marché. Son influence ne s’arrête pas là. Le constructeur s’apprête à lancer en Algérie le montage de la voiture iranienne « Saipa » qui sera le véhicule le moins cher de tout le marché. Le véhicule devrait être vendu pour moins d’un million de dinars algériens.

Le coup est mortel contre Peugeot et Renault. Les lobbyistes français paniquent et renforcent leurs pressions sur Abdesslam Bouchouareb, le ministre de l’Industrie, leur principal interlocuteur et « ami de la France » dans les affaires. Bouchouareb tente de rassurer, mais ce n’est guère suffisant. Il est contraint de freiner les ambitions Tahkout avec qui il se trouve désormais engagé dans un véritable bras de fer.

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