Succession algérienne : les longues nuits à la villa Kouninef 

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Alors que tous les ingrédients d’une séisme politique sont réunis dans l’Algérie d’un Bouteflika à bout de forces, l’entourage présidentiel tente de dessiner un scénario de sortie de crise dans une discrète villa résidentielle.
A Alger, les nuits sont de plus en plus longues dans la luxueuse villa appartenant au milliardaire Karim Kouninef, située dans un quartier discret et chic de Hydra, la banlieue résidentielle d’Alger. Récemment achetée, cette belle villa est l’un des lieux de rencontre privilégiés de Saïd Bouteflika et des autres acteurs du cercle présidentiel.
Panique au Palais de Zéralda
Dans le décor fastueux de cette maison, les conciliabules se multiplient ces jours-ci, notamment depuis la mobilisation des partisans du général Toufik, l’ancien chef des services algériens (ou DRS) qui fut le vrai patron de l’Algérie avant d’être poussé vers la sortie, en décembre dernier, par un coup de force du président Bouteflika, allié à une grande partie de l’armée régulière du général Gaït Salah. La lettre que « le sphinx », alias Toufik, a publié au début du mois pour protester contre la condamnation de son fidèle second, le général Hassan, a semé une véritable panique au Palais de Zéralda où réside désormais un Président Bouteflka très diminué et malade. Son frère et plus proche conseiller, Saïd, surnommé « le Régent de Zéralda » par Mondafrique, a largement verrouillé les accès vers le chef de l’Etat, contrôlant en partie les leviers du pouvoir.
Selon nos sources, Saïd Bouteflika, Ali Haddad, le puissant patron des patrons algériens, Mohamed Rougab et plusieurs autres conseillers, ainsi que des proches de l’entourage du Président Abdelaziz Bouteflika, reçoivent des visiteurs dans cette villa à un rythme effréné. Plusieurs retraités de l’armée algérienne ont été aperçus aussi au niveau de cette villa.
En quête d’un dauphin
D’après nos sources, des discussions très animées ont lieu, ces jours-ci, pour permettre au clan présidentiel d’affiner sa stratégie face à ses adversaires qui redoublent de férocité. Il faut à ces conjurés désigner un successeur au chef de l’Etat qui calme les ardeurs des ambitieux et des impatients de tous poils. D’autant plus que du coté du général Gaït Salah, qui est aujourd’hui l’homme fort de l’armée, on ne compte guère laisser à Saïd et à ses affidés un rôle décisif dans la succession du président Bouteflika.
Un Président muet, encore que tout à fait présent, des luttes de sérail exacerbées, un contexte régional, notamment libyen, chaotique, une situation économique dégradée par la chute du prix du pétrole, une classe politique sclérosée, des affaires de corruption qui se multiplient, des tensions en Kabylie et dans le sud algérien, sans même évoquer ces hauts militaires meurtris de voir un des leurs, le général Hassan, bras droit du général Toufik, emprisonné pour cinq ans, alors qu’une immunité judiciaire totale était garantie aux gradés en Algérie depuis un quart de siècle: autant d’ingrédients d’un « printemps algérien » qui pourrait, en l’absence d’un pilote dans l’avion, déraper vers une situation chaotique.
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